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Combien provisionner chaque année pour votre logement
Oubliez la règle du 1 % de la valeur du bien : elle vient d'un autre marché immobilier et elle ignore précisément les postes qui pèsent le plus ici. Construisez le chiffre sur vos propres documents. Prenez votre dernier avis de taxe foncière, votre dernier appel de fonds de copropriété, vos contrats d'entretien annuels, et ce qui a été voté en assemblée générale, divisez chaque montant par douze, et financez deux provisions distinctes : une pour les charges récurrentes à date connue, une pour les gros remplacements dont vous connaissez l'âge et pas la date exacte.
Les règles toutes faites, dites honnêtement
Deux règles circulent : provisionner un pourcentage de la valeur du bien chaque année, ou un montant fixe par mètre carré. Elles ont l'avantage d'être simples et le défaut d'avoir été formulées ailleurs, dans des marchés où l'on est presque toujours propriétaire d'une maison individuelle et où la fiscalité locale et les charges collectives ne fonctionnent pas comme ici. Surtout, elles ignorent les deux variables qui déterminent réellement votre facture : l'âge de vos équipements et le prix de la main-d'œuvre chez vous. Nous ne les remplacerons pas par un chiffre français inventé pour l'occasion. Nous vous donnons la méthode pour construire le vôtre, qui prend une demi-heure et vaut mieux qu'une règle importée.
Les lignes que le budget d'un propriétaire doit contenir
Faites la liste complète avant de chiffrer quoi que ce soit. En copropriété : les charges appelées, souvent par trimestre, la cotisation au fonds de travaux, l'assurance habitation, la taxe foncière, et les travaux votés en assemblée générale. En maison : la taxe foncière, l'assurance, le contrat d'entretien de la chaudière, le ramonage, l'entretien de l'assainissement s'il est individuel, et les gros postes que sont la toiture, les menuiseries, le chauffage et le chauffe-eau. Dans les deux cas, ajoutez l'entretien courant, celui qui ne fait jamais l'objet d'un devis mais qui sort du compte tous les mois : joints, peinture, petites pièces, dépannages. Cette liste est votre budget ; les montants viennent après.
Chiffrer à partir de vos propres documents
Sortez votre dernier avis de taxe foncière et divisez-le par douze. Prenez vos appels de fonds de l'année écoulée, additionnez-les et divisez par douze. Faites la même chose avec vos contrats d'entretien annuels et votre assurance. Additionnez les quatre résultats : c'est votre provision mensuelle pour les charges à date connue, calculée sans qu'aucun chiffre ne vous ait été inventé. Cette méthode a un avantage supplémentaire : elle se met à jour toute seule chaque année, quand les nouveaux documents arrivent. Si vous venez d'acheter et n'avez pas encore d'historique, demandez au vendeur ou au syndic les montants des trois dernières années — ils existent et se communiquent.
Les gros remplacements : une seconde provision
Les charges récurrentes ont des dates ; les remplacements ont un âge. Listez la chaudière, le chauffe-eau, la toiture, les fenêtres, l'électroménager encastré, et pour chacun notez l'année d'installation, la durée de vie que vous en attendez et le coût de remplacement que vous a indiqué un professionnel. Divisez chaque coût par le nombre d'années restantes, additionnez, divisez par douze : vous obtenez la seconde provision. Elle paraît abstraite jusqu'au jour où la chaudière lâche en janvier, ce qui n'est pas un imprévu mais un rendez-vous qu'on avait la date approximative de prendre. En copropriété, une partie de ce travail est déjà faite pour vous par le fonds de travaux, mais rarement en totalité.
Le diagnostic : comment les propriétaires le découvrent trop tard
Le scénario est presque toujours le même. La première année se passe bien, parce que rien n'a encore vieilli. La deuxième amène un avis de taxe foncière plus lourd que prévu, un appel de fonds exceptionnel voté en assemblée générale, ou une panne. Comme aucune provision n'existe, l'argent sort de l'épargne, qui redescend à zéro, ou du découvert. La conclusion tirée est en général fausse : « les charges ont explosé ». Elles n'ont pas explosé, elles n'avaient simplement jamais été budgétées, parce qu'elles ne tombent pas tous les mois. Un propriétaire qui provisionne vit exactement les mêmes dépenses avec un sentiment radicalement différent.
L'enveloppe à mettre en place aujourd'hui
Créez deux provisions et pas une seule : Charges et impôts locaux d'un côté, Travaux et remplacements de l'autre. La première se vide plusieurs fois par an, à dates connues ; la seconde grossit pendant des années et ne se vide que rarement. Les mélanger fait disparaître la seconde, parce qu'on pioche dedans à chaque appel de fonds. Financez-les le jour de la paie, comme le crédit. Dans Envelope Budget, les provisions restent visibles toute l'année sur l'écran d'accueil et sur le widget, et c'est précisément ce qu'il faut pour une enveloppe qu'on ne touche pas pendant huit mois et qui doit être pleine le neuvième.
Questions fréquentes
La règle du 1 % de la valeur du bien est-elle fiable ?
Elle est simple, ce qui explique sa diffusion, mais elle n'a pas été établie par une étude et elle vient d'un marché immobilier différent du nôtre. Elle attache le coût d'entretien au prix d'achat, alors que ce qui coûte est l'âge des équipements et le prix de la main-d'œuvre : deux logements de même valeur, l'un rénové l'an dernier, l'autre avec une chaudière de vingt ans, n'ont rien à voir. Utilisez-la éventuellement comme ordre de grandeur de départ, remplacez-la dès que vous avez vos propres documents.
Être en copropriété change-t-il le calcul ?
Oui, et dans les deux sens. Une partie de l'entretien est mutualisée et appelée régulièrement, ce qui la rend prévisible : vos appels de fonds vous donnent directement le chiffre. Mais les gros travaux sont votés en assemblée générale et peuvent être appelés en dehors du rythme habituel, parfois avec un échéancier. Le bon réflexe est de lire les procès-verbaux d'assemblée : ce qui est voté ou seulement évoqué pour les années à venir vous indique ce que vous devez commencer à provisionner dès maintenant.
Ces dépenses peuvent-elles sortir de l'épargne de précaution ?
Mieux vaut éviter, sinon la réserve ne se reconstitue jamais. L'épargne de précaution couvre ce que vous n'aviez aucun moyen de prévoir : une perte de revenu, un accident. Une taxe foncière, un appel de fonds trimestriel ou une chaudière de dix-huit ans ne sont pas imprévisibles, ils sont seulement irréguliers. C'est exactement la définition d'une provision. Les séparer vous donne aussi une information utile : si la provision suffit, votre réserve n'a pas bougé, et c'est le signe que votre budget est correctement dimensionné.
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